L'écritoire du baladin

mercredi 9 mai 2012

Évaporation

 

 

 

La lumière du jour passe timidement entre les volets mi-clos de la chambre. Paul est allongé sur le lit posé sur son dos douloureux. Ses yeux sont presque fermés dans cette période de semi sommeil où les rêves deviennent pensées, où les pensées deviennent projets pour meubler le temps et l’espace de cette journée. Mais cette journée qu’il anticipe sera sans grande imagination, pareille à celle d’hier, prélude à l’identique du lendemain. Lorsqu’il lève son corps pour lui redonner lentement une position verticale, chaque articulation lui rappelle son âge et que l’arthrose continue son œuvre destructrice.

Il grimace, cherche des pensées positives pour reléguer ses douleurs au second plan. Stratégie d’évitement, d’oubli de soi-même. En automate, ses pieds glissent dans ses charentaises bordeaux. Il pense à François qui les lui a offerts en cadeau pour son anniversaire au mois d’août. Il avait joint un mot : « Cher Papa, que cela tienne chaud à tes pieds pour réchauffer ton cœur ». Charles avait envoyé un foulard, lui aussi, voulait lui donner de la chaleur.

Seul, accoudé sur la table de cuisine de Béatrice, sa tasse de thé rouge fume, encore trop chaud. Il regarde le breuvage qu’un nuage de lait a transformé la surface en teinte sensorielle de peau bronzée. Un yaourt, une pomme complètent sa collation matinale. Une revue est là posée sur la table, à portée de sa main, il l’ignore. Ses pensées flottent pendant que son esprit poursuit sa phase d’éveil. Déjà plus de vingt ans qu’il est là dans cette région nantaise, qu’il est venu ici rejoindre cette femme, amour de son enfance. Amour qu’il avait longtemps considéré comme perdu. Vingt ans de bonheur, et puis… il regarde les murs de la maison de Béatrice, il regarde le décor qu’elle a voulu, qu’elle a composé. Mais Béatrice n’est plus là. Plus là, mais tellement présente. Béatrice s’est échappée, son esprit s’est échappé pour un autre monde, un monde d’une autre sensibilité. Cette maladie d’Alzheimer est venue, insidieuse il y a un peu plus d’un an. D’abord des oublis, des étourderies. Ils ont ri de tout cela. Puis elle s’est égarée dans Nantes, oubli de son nom, oubli de l’adresse ; des gendarmes courtois et attentionnés l’ont reconduite à la maison. Paul a tout de suite compris. Sur le lit, il a allongé Béatrice, s’est allongé contre elle en silence et l’a serrée fort dans ses bras. Ils n’ont pas bougé, ils se sont endormis. Le lendemain matin, Paul a vu sur l’horloge du temps, qu’une nouvelle tranche de vie commençait. La dernière ? Le médecin, le neurologue, tout s’est enchaîné très vite, trop vite. Ses garçons sont venus, ils lui ont expliqué la nature de la maladie, lui ont apporté leur soutien, leur compréhension, puis sont repartis retrouver leur vie, ailleurs.

Il finit la dernière goutte de sa tasse qu’il pose devant lui, doucement comme pour ne pas faire de bruit dans cette maison vide. Il ne bouge pas encore, il pense à sa visite qu’il fera cet après-midi, comme tous les jours, comme tous les après-midi. Il pense à tous ces petits travaux à faire pour gérer la maison qu’il habite depuis vingt ans et qu’il a toujours appelé la maison de Béatrice. Il s’y sent bien, mais comme un invité privilégié. Il est des endroits dans la maison que Paul ne connaît toujours pas, considérant ces lieux comme des espaces personnels de Béatrice.

Quatorze heures sonnent au carillon dans l’entrée quand il quitte la maison après avoir pris un peu de repos dans le gros fauteuil. Son repas a été léger, il n’a plus d’appétit, il perd du poids et le temps est loin où il était obligé d’aller passer quelques semaines en Savoie pour retrouver une taille normale. Pendant son temps de repos, il a pu écouter battre son cœur qui cognait un peu fort dans sa poitrine. Il s’est souvenu de ce jour, il y a quatre ans, peut-être cinq où une douleur vive s’était installée dans sa poitrine. Perte de repères, grimace. Il s’est effondré dans le fauteuil et Béatrice ne s’est affolé que quelques minutes, son réalisme a vite repris le dessus en comprenant la situation. Appel des services médicaux d’urgence, tentative de massage cardiaque, arrivée des hommes en blanc. Transfert à l’hôpital, sirènes hurlantes. Ce bruit est encore gravé dans la mémoire de son oreille. Mi-do-mi. L’hôpital, urgences, salle d’opération, le trou noir. Il lui a fallu plusieurs mois pour retrouver une activité de vie normale.

Avec un voyage organisé, ils sont partis quelques jours pour visiter Bruges afin de fêter le retour à cette vie qu’ils ont su reconstruire. Ils ont aimé la forte architecture flamande de la Grande Place, si riche, si imposante symbole du pouvoir de l’argent qui s’expose. Puis tranquillement balade en calèche ou sur les canaux de cette Venise septentrionale. Promenade de vieux amoureux qui, main dans la main, découvrent les yeux grands ouverts pour laisser leurs cœurs se pénétrer de nouvelles émotions.

Ses genoux grincent lorsqu’il se lève du fauteuil. Il se chausse confortablement, enfile sa veste chaude parce que le froid humide est arrivé sur la région. Il revient sur ses pas pour prendre l’écharpe offerte par Charles.

Il arrive à la station de bus en même temps que le véhicule bleu et blanc. Il monte, reconnaît le chauffeur, un sourire, signature d’humanité. Il regarde ce paysage urbain, note les détails de changement, insignifiants parfois. À l’arrêt, les freins sont bruyants, une jeune femme se recule pour le laisser passer. Où est le temps où c’était lui qui s’effaçait pour laisser passer une dame, rituel de courtoisie galante.

Il se dirige en marchant d’un pas lent vers l’établissement qui abrite aujourd’hui Béatrice. Maison spécialisée pour personnes dépendantes. Cette maison s’appelle : « Les Pivoles » ancien nom des plantations de peupliers qui occupaient les lieux. Dès son entrée, il tombe dans le rite des visites quotidiennes. Il tire la grande poignée de la double porte, salue les personnes se trouvant dans le hall par un sonore :

- Bonjour, Mesdames !

Les visages se tournent, airs égarés, étonnés, un borborygme fait office de réponse. Elles sont là en attente de qui, de quoi ? Peut-être de rien. Elles attendent pour beaucoup le visiteur qui ne viendra pas. Il a appris à sourire à ces visages perdus, et il sait que son sourire pénètre à l’intérieur des zones sensibles des personnes à qui il est destiné. Plus loin dans la salle commune, il va vers madame Andrée. Elle ne l’a pas vu arriver, il pose ses mains sur les épaules, regarde les boucles blanches. Elle tourne la tête en souriant, elle a reconnu le contact des mains. La droite glisse sur le bras un mouvement de caresse. Elle est émue par le geste.

Ascenseur, deuxième étage, chambre 221. Devant la porte, il frappe. Il ne s’est jamais permis d’entrer dans la chambre de Béatrice sans frapper. Comme d’habitude son cœur s’agite en tirant sur la large porte. Comme d’habitude, elle est là, comme hier, comme les autres jours. Assise dans sa chaise roulante, face à la fenêtre, devant le même paysage qui évolue au fil des saisons. Avec la fraîcheur, les arbres se sont effeuillés, libérant un autre point de vue. Béatrice n’a pas bougé à son entrée. Il la regarde comme une photographie statique. Ses bras sont posés sur le côté du fauteuil. Il ralentit son pas, regarde encore, avance, tend la main. Ses doigts se posent à la base du cou, trouvent la peau douce, caressent doucement. Ils connaissent par cœur cette parcelle de peau, cette caresse qu’il lui a si souvent offerte dans leurs moments d’intimité.

Il n’est pas sûr, on n’est jamais sûr avec cette maladie, mais il perçoit qu’elle ressent cette caresse, qu’elle se souvient de cette caresse. Paul imagine que les perceptions de Béatrice n’ont pas changé, seulement elle ne peut plus communiquer son plaisir de les recevoir. Complexité de cette maladie et plus encore, complexité de la compréhension de cette maladie. Doucement il l’embrasse, le front, les joues, les mains. Il surveille dans ses yeux ce petit rien, un mouvement, un éclat qui va accuser réception de son geste. Il croit voir un éclat dans sa pupille, une légère crispation de sa main. Il est certain de ce regard, il est certain du mouvement. Ces certitudes lui appartiennent, lui font du bien. Petits bonheurs fabriqués, illusions acceptées, entretenues, il commence alors à lui parler, doucement, petites confidences amoureuses.

- Béatrice, tu es belle, tu es toujours très belle…

- Béatrice, je t’aime, quelle que soit la situation de ta santé, je t’aime…

- Béatrice, tu m’as fait vivre des années de bonheur, nous avons partagé des moments merveilleux, je suis toujours avec toi.

- Je t’aime, je t’aime…

Des perles humides amplifient le brillant de son regard. Ce regard de vieil homme toujours amoureux. Assis à côté d’elle il reste maintenant en silence, communion passive de tendresse. Sa main est dans la sienne, calmement, passivement. Il laisse son cœur reprendre un rythme normal. Il ressent juste une colère profonde lovée en lui, colère sourde, sans destinataire. Pourquoi cette maladie ? Pourquoi à elle ? Pourquoi à eux ? Valse infernale des pourquoi, son athéisme ne lui permet même pas d’invoquer la volonté d’un créateur universel.

Paul caresse la main, le bras de Béatrice, sans autre pensée que celle de vouloir lui apporter un moment de douceur.

- C’est très important le contact tactile, les caresses chez les personnes souffrant de cette maladie.

C’est la psychologue attachée à l’établissement qui lui avait dit cela un jour de bavardage. De cette personne, il aimait le langage précis de femme cultivée. Langage soutenu qui cherche à apporter de la simplicité dans le regard que l’on porte sur la maladie ou sur les malades. Il aime sa présence forte, la croyance qu’elle porte aux domaines de sa compétence. Il aime son regard aux petits yeux dont les pétillances oscillent entre réflexion et rires. Il aime son visage fin taillé en douceur et sa bouche toujours prête à laisser échapper un rire ou un sourire.

Les mains de Paul passent et repassent sur cette peau qui se parchemine, fine à l’extrême par l’usure du temps. Parfois, la tête de Béatrice tourne, laisse échapper un râle, puis elle retombe sur sa poitrine comme épuisée par l’effort. Paul enregistre ces mouvements, ces bruits comme des signes de communication. Il y croit, qu’importe la réalité.

Deux petits coups sur la porte qui s’ouvre, une blouse vert clair apparaît.

- Bonjour Monsieur Paul, comment allez-vous ?

- Bonjour Corinne, je vais bien, enfin j’essaie ! Et vous-même, toujours fidèle à la maison ?

- Toujours, vous savez comme j’aime ce que je fais ici. Toutes les résidentes sont mes amies !

- Vous dites toutes, il n’y a pas d’hommes ?

- Seulement deux, nous avons surtout des femmes.

- Est-ce une maladie typiquement féminine ?

- Non pas vraiment, mais comme c’est une maladie du grand âge, la différence entre hommes et femmes se fait sentir. Les hommes sans doute, meurent avant que la maladie s’établisse. Quoique Madame Béatrice est la plus jeune de nos résidentes.

- Oui, elle est trop jeune pour être là, mais… Comment la trouvez-vous en ce moment ?

- Bien, enfin pas plus mal que ces derniers temps. Elle est toujours calme, douce. Sans doute des qualités qu’elle possédait déjà avant de venir nous rejoindre.

- Oui, une femme pleine de gentillesse, très douce, tant dans ses gestes que dans ses paroles. Regardez la douceur de sa peau.

- J’aime vous voir ensemble, vous êtes un beau couple, un vrai couple. Vous êtes mariés depuis longtemps ?

- Nous ne sommes pas mariés, seulement amis, seulement amants. Béatrice est une amie d’enfance et de jeunesse, puis nous nous sommes perdu de vue et retrouvés, il y a vingt ans.

- Quelle belle histoire ! Tenez, voulez-vous l’aider à manger cette crème et boire un peu ?

- Oui, je vais m’occuper de cela. Oui, nous avons eu une belle histoire, souvent complexe, un peu courte mais si dense. Faites-moi passer sa serviette s’il vous plaît.

- Voilà, je vous laisse tous les deux, je repasserai dans un moment.

Paul se retrouve dans ce tête à tête particulier où il porte la nourriture à la bouche de Béatrice. D’une Béatrice indolente, absente. Les mouvements de déglutition n’étant gérés que par les automatismes de son cerveau reptilien. Il redoute et il aime ce moment intime où il se souvient d’autres moments de leur intimité. Avec délicatesse, avec précaution pour ne pas heurter, il porte doucement les cuillers à la bouche qui s’entrouvre à peine. Il aide le passage de l’aliment, il lui parle. Il lui parle de leur histoire, lui raconte des moments particuliers, lui dit des : « Te souviens-tu du jour où… »

Tous les jours il a ce type de dialogue unilatéral où les mots accompagnent les mots, où il essaie de la rassurer en se rassurant lui-même. Il la regarde comme il regardait la petite fille chez Charles et Albertine. Il regarde la jeune fille qu’il a aimée. Il regarde la femme qu’il a retrouvée. Dans ce visage devant lui, ce sont des visages multiples qui s’éclairent aux lueurs des rythmes d’une vie. Puis le film s’arrête et il n’a plus devant lui qu’un visage de Béatrice au présent. Visage vide, presque insensible ou d’une sensibilité inatteignable. Alors sa tristesse se fait lourde. Il la regarde intensément, il regarde cette vie qui s’échappe de ce corps de femme, de cette femme qu’il a aimée, de cette femme qu’il aime toujours. Intensément.

Le temps a passé, comme chaque jour, il quitte discrètement les Pivoles en évitant les rencontres, en évitant les regards, en évitant les questions :

- Alors, comment ça va aujourd’hui ?

Que répondre à cette question ? Paul sait parler de ses joies, il sait mal évoquer ses tristesses. Souvent dans sa vie, il a donné le change en faisant des traits d’humour pour se dériver de ses évocations. Dans le bus du retour, il sent son esprit chaotique, les idées s’entrechoquent comme des billes dans une boîte trop large.

Ses épaules sont basses lorsqu’il marche sur le trottoir pour rejoindre la maison de Béatrice. Il a fait quelques courses chez un petit commerçant du quartier. Comme à chaque visite, le commerçant lui fait un large sourire en forme de gratification. Dans la maison, il se pose comme une masse inerte dans le grand fauteuil. Comme tous les soirs, il est triste, profondément triste, ses épaules, ses hanches deviennent lourdes. Il sent que l’épuisement le gagne. Il somnole un instant, il se sent inutile. Ce mot flotte dans sa tête, même s’il est contradictoire avec ce qu’il fait pour Béatrice chaque jour. Il se relève en secouant sa tête, se sert un verre de Muscadet et met le concerto pour violon de Mendelssohn dans le lecteur de disque. Il s’assied de nouveau, déguste ce vin qu’il aime avec les harmonies vibrantes du violon. Une vie se réinstalle dans son espace pour un instant, juste un instant.

Ses pensées s’égarent vers des chemins où il ne veut pas aller. Cette réflexion sans fin qu’il a eu souvent au cours de sa vie, cette réflexion sur l’au-delà. Il perçoit que tous les points de vue qu’il a pu émettre, parfois avec force, sont en train de s’émietter comme une citadelle de mots qui s’érode aux vents de la réalité trop présente. Cette réalité de son quotidien, à laquelle il faut faire face, pas par courage, mais parce qu’il n’a pas le choix. Alors, il se force à donner l’impression d’être courageux, mais il n’est pas dupe de lui-même.

 

Que reste-t-il de Béatrice ? Une femme qu’il regarde, encore belle, toujours belle, image mélangée de la femme qu’il voit et des images de sa mémoire. Aujourd’hui cette femme automate le regarde avec ses yeux béats. Elle sourit parfois sans savoir à qui ni à quoi. Lui il est là, fatigué, fatigué de savoir que demain, il ira voir Béatrice, qu’après demain, il ira voir Béatrice et les jours suivants aussi. Il aime toujours Béatrice, sincèrement, mais il sent aussi cela comme un devoir, comme une charge, comme un poids. Alors ce soir il ose formuler sa pensée. Il voudrait que cela finisse, il voudrait que la vie de Béatrice finisse. Il n’y a plus de bonheur dans ses yeux, il n’y a plus d’espoir d’amélioration lui a dit le médecin. À quoi bon vivre quand la vie de l’esprit n’est plus, quand il n’y a plus de possibilité de partage. Il voudrait qu’elle s’éteigne comme cette chandelle dont la mèche devient trop courte. Un mot fin qui s’écrirait en lettres minuscules.

Il se ressaisit, il a honte de sa pensée, se souvient d’un débat contradictoire comme les chaînes de télévision savent bien offrir. Il se souvient de sa pensée à ce moment-là.

- Comme c’est facile de parler de tout cela confortablement assis dans un fauteuil en ayant la certitude que tout le monde va bien dans sa famille. Facile de réfléchir pour les autres. Cette pensée tourne dans sa tête, elle reste présente, sans violence. Il réfute toute idée d’euthanasie. Paul ne veut pas de cela. Mais il sait aussi que, dans ces circonstances, toute mort est libératoire. Pour la personne qui souffre comme pour celle qui est à ses côtés pour l’accompagner dans ce passage. Il sait très bien combien cette pensée peut-être choquante, en particulier pour ceux qui ne sont pas dans la situation où il est.

Encore un instant, il pense à ceux qui croient en Dieu. Il voudrait comme eux pouvoir le prier. Le prier d’arrêter cet état de Béatrice, de la prendre, de la reprendre et de garder soigneusement son âme. Il voudrait prier comme un geste de dernier recours. Mais…

 

- Même les plus jolies fleurs se fanent un jour–

© Pierre Delphin – mai 2012

 

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jeudi 26 avril 2012

Les roses fleurissent aussi en automne

 

  

Lundi matin

Dans un petit bistrot, « L’Estaminet », rue du Dauphin à Lyon. Tables de marbre blanc, simples. Émile le barman va d’un client à l’autre, attentif. La radio, en sourdine, diffuse des chansonnettes anciennes. Yves Duteil chante « Mélancolie »

Lui

Sur le coin de sa table usée par le temps, son double café fume. Il rêve en écrivant quelques mots sur son carnet en moleskine noire. Un début de poème flotte sous sa plume :

- Quand dans mes bras tu viens

- Là contre moi blottie,

- Toi la douce et tendre…

            Il soupire au temps qui passe, il regarde l’horloge au mur, il n’a pas de rendez-vous mais a conscience du temps qui file, inutile.

Elle

Une mèche lui tombe sur le front, elle entre dans le bistrot. Au passage du bar, elle commande un café, un peu allongé. Elle pose son sac sur la table à côté de lui, s’assoie. Elle tourne les pages d’une revue laissée là, machinalement, sans lire. Sa tête tourne un peu. Son regard se pose, par hasard, sur son voisin, revient à la revue. Il ne l’a pas vue. Elle porte la tasse à ses lèvres, le café est trop chaud. Attendre.

Lui

La vibration vient de la table d’à côté. Il prend conscience d’une présence. Un espace occupé. Une odeur douce de fruit. Il tourne à peine le regard. Mouvement immobile de la tête. Un mot se pose sur son esprit ; Elle est attrayante. Pourquoi ce mot, il ne sait pas. Peut-être par son élégance. Celle de ses vêtements, simples. Aussi celle des gestes qui touchent la revue, de son regard qui oscille dans les hésitations de sa pensée.

            Il vit mal sa solitude, une phrase, banale vient, s’échappe de ses lèvres :

- Vous aimez le café du matin ?

Elle

La surprise fait frissonner son dos. Sa tête tourne, son visage reste neutre. Mais ses yeux l’on vu, une vibration sympathique s’installe sur ses tempes. Il est séduisant malgré son âge et ses cheveux blancs. Des sillons sur son visage marquent ses expériences. Elle ne se sent pas obligée de répondre à la question, mais une réponse également banale arrive portée par un sourire. Sourire calme, simple qui passe sur le visage, son regard et ses lèvres en sont le reflet.

- Oui, il m’aide à passer la dernière porte du réveil.

Lui

Sa tête repose dans sa main, le coude en appui sur la table, manifeste une attention excessive à la réponse. Il entend, il écoute, seul son regard réagit, il la regarde. Seul un sourire tendre, un peu fatigué donne de la lumière à son visage.

Elle

Sa phrase a filé, elle le regarde, elle voit ses yeux, au fond, elle aperçoit son esprit. Elle y observe une sincérité forte. Elle regarde ses épaules, il est solide et il doit être bon de s’appuyer dessus.

Elle ne parle pas, et dans le silence seuls les regards se parlent, envisagent, projettent.

Lui

Ses lèvres bougent, leur mouvement, anticipe le son. Un murmure.

- Je vous attendais, merci d’être venue.

Elle

Mais que dites-vous. Je ne suis venue ici que pour prendre un café.

Lui

Non, vous êtes venue à ma rencontre.

Elle

Nous ne nous connaissons pas, nous ne nous sommes jamais rencontrés.

Lui

Et alors !

Elle

Mais… Excusez-moi, il faut que j’aille à mon travail…

Lui

Alors, je vous souhaite une belle journée, à demain.

Elle

À demain ?

Lui

Oui, à demain matin, ici.

Elle

Vous êtes fou, ce n’est pas possible.

Lui

À demain.

 

Elle passe au bar pour régler son café, elle sent le regard sur ses épaules et sur ses hanches. Elle passe la porte, seul ses cils font un signe d’au-revoir. Lui se tasse sur la banquette, un sourire simple sur son visage pas même conquérant.

 

Mardi matin

Dans le bistrot, une odeur de propre du matin voisine avec celle des café. Émile le gérant arbore un magnifique tablier noir neuf dont la broderie rouge vante les mérites du beaujolais nouveau. Le ciel au-dessus de la rue étroite reste gris, un peu tristounet

Elle

Un mouvement de la tête pour avoir une vision panoramique du bar, il n’est pas là. La table où l’homme a ses habitudes est inoccupée. Sans réfléchir, elle s’y installe. Elle perçoit l'absence comme une tristesse qui l’envahit. Elle se sent stupide, adolescente stupide. Elle si fière de son indépendance, de son autonomie. Elle a brusquement le sentiment d’avoir répondu à une convocation, cela n’est pas possible, ce n’est pas vrai, pas elle ! Elle est furieuse, elle espère.

Lui

Son pas rapide marque le tempo caractéristique d’un régiment qui remonterait la rue. Plusieurs mètres en avance, sa main se tend, s’étend pour attraper la poignée. La porte est poussée fermement avec douceur. Il la voit, à sa propre place, un sourire explose sur son visage.

Elle

Un sourire aquarelle son visage, elle le regarde s’installer à la table qu’elle occupait hier. Elle le regarde franchement comme une gageure alors qu’ils n’ont dit aucun mot. Elle regarde, observe ses gestes pour ôter sa veste, son écharpe, les poser soigneusement sur la patère, son cartable posé en diagonale sur la table.

Lui

Grand sourire rieur lorsqu’il s’assoie. Il lance d’une voix forte sa commande : Un grand café s’il vous plait Émile. Il tourne la tête et la regarde dans les yeux, cherche le partage de la volonté d’être là. Il tend la main pour saisir la main de la table voisine. Cette main se retire. Merci d’être venue.

Elle

Mais, monsieur, je ne suis pas venue, juste passé par habitude.

Lui

Non, nous avions rendez-vous.

Elle

Absolument pas !

Lui

Bien sûr que si !

Elle

Vous alors !

Lui

Donnez-moi votre main s’il vous plait.

Sans attendre de réponse, il lui prend la main qui n’offre pas de résistance et qui se fait docile dans le creux de la sienne.

Elle

Elle ressent protégée par la douceur, la chaleur du contact. Elle se sent folle. Elle pense à ses amis qui seraient étonnés s’ils la voyaient. Elle s’en fout.

Elle le regarde, ses yeux apparaissent fatigués.

Pardonnez-moi, il ne faut pas…

Lui

Il serre sa main pour retenir celle qu’il a comme un cadeau. Il ne veut pas qu’elle s’échappe. En la retenant, il veut maintenir l’instant, arrêter le temps.

Vous n’êtes pas folle, vous êtes belle, belle dans l’intérieur de votre être. Je ne vous connais pas, mais je le sens. Je le perçois dans ma certitude.

Elle

Reste dans son silence, attentive, prisonnière consentante. Ses yeux se posent sur les mains. Magma de vie et de sensibilité tactile. Un soupir discret s’échappe de sa gorge.

Lui

Allons marcher.

Il règle le café en laissant quelques pièces sur la table. Il lui tend la main.

Elle

Elle le regarde comme effrayée, puis son regard s’apaise, elle hésite, elle se lève. Elle voit ses jambes se déplier pour créer le mouvement, elle est étonnée.

Lui

Passe la porte, tend sa main pour accueillir la main fine qui vient à sa rencontre. Il sent le regard du barman amusé, peut-être envieux. Il serre la main qui se pose dans la sienne.

Elle

Elle ajuste son pas sur le sien, lent, un pas de promenade. Elle sent la main qui se pose sur son épaule. Chaleur. Elle sent la main qui la tire, l’attire vers lui, elle accepte le mouvement, sa tête chute vers le creux de l’épaule, se cale ici, elle est bien.

Lui

Son bras maintient le contact, ferme mais sans force, il se tourne, pose un léger baiser sur le duvet de la joue. Il aperçoit juste un coin de l’œil qui brille. Une esquisse de larme ? Sa voix se fait basse douce :

- C’est vrai, je t’attendais, je savais que tu viendrais. Je ne savais pas qui tu étais, comment tu étais, mais je t’attendais. Mon cœur, mon esprit, mon corps, tout en moi t’attendait, tu es là, je suis là, nous sommes vivants.

Elle

Il y a trois nuits, j’ai rêvé. Je ne me souviens que rarement de mes rêves. Celui-là si. Je me souviens plus du visage ; sans doute le tien. Enfin, peut-être, peu importe. Un homme élégant devait me prendre la main et m’emmener. Tu l’as fait, c’est bien.

Lui

Élégant, - Merci. Moi aussi j’aime comme tu es. Ton allure. Le choix précis de tes vêtements. J’aime ton visage et dans ton visage, ton regard. Il me donne une émotion juvénile. Il y a tant de messages dans ton regard ! Tu ne sais pas trahir.

Elle

Mais comment peux-tu dire cela ! Nous n’avons que quelques minutes en commun, à peine une heure.

Lui

Faut-il rester une heure devant un tableau de Renoir pour en percevoir la beauté, la douceur, l’humanité ?

Faut-il rester une heure devant une œuvre de Camille Claudel pour ressentir l’envie de lui prendre la main, de la caresser, de l’aimer ?

Elle

Tu es fou, me comparer aux œuvres de Camille Claudel, de Renoir, c’est de la folie.

Lui

Toi aussi tu m’as dit que tu étais folle, cheminons ensemble vers les chemins de la sagesse folle. Rêvons ensemble, mais crois-moi, je suis convaincu de la validité de mes comparaisons.

Elle

Ma tête est bien sur ton épaule qui est solide. Cela me fait du bien de la poser. Hélas, j’arrive devant mon bureau, je dois te quitter.

Lui

Quittons-nous dans le bonheur, je veux te voir sourire en me quittant. Notre sourire sera le bonheur fébrile de l’attente.

Elle

Merci pour ta main. À demain ?

Lui

Bien sûr, à demain.

 

Il se penche vers elle et le baiser qu’il pose sur sa joue, glisse sur la commissure des lèvres, juste pour connaître le goût de sa bouche.

 

Mercredi matin

 

Elle

Elle tend la main vers la large poignée de la porte du bistrot. Un bras la contourne, une main se pose sur la sienne.

- Je ne t’ai pas entendu, mais j’ai senti ta présence. J’ai senti l’énergie que ton corps dégage se confondre avec la mienne. Viens entrons.

Lui

Entrons. Je suis heureux que nous soyons ensemble, au même moment à notre rendez-vous. Puis-je t’embrasser ?

 

Derrière la porte à peine fermée du bistrot, ils s’enlacent, les bras de l’un serrent le torse de l’autre dans une symétrie parfaite. Émile les regarde, amusé, ému. Il se jure de mettre, un jour, un panneau sur la porte avec la mention : « Ici, il y a eu un miracle ! »

 

Lui

Viens à côté de moi, je veux ressentir ta présence. Émile, deux thés citron s’il vous plait !

Elle

Aujourd’hui nous n’avons besoin que d’une seule table. Il fait chaud auprès de toi. Serre ton bras sur mon épaule, protège-moi, j’ai peur.

Lui

Tu as peur ? Quel est ton agresseur, qui t’effraie ainsi ?

Elle

La vie. Pardonne-moi, j’ai de la difficulté à croire à la vérité de ce que nous vivons.

Lui

Moi aussi, j’ai cette sensation. Pose ta main sur la mienne. Oui, là, maintenant pince la peau.

Elle

Comme ça ?

Lui

Aïe ! Oui tu existes vraiment. J’existe vraiment, nous existons ensemble.

Elle

Oui, rassure-toi, nous existons.- Merci Émile, votre café sent bon ! – On trinque ?

Comme lui, elle lève sa tasse, un petit choc qui tinte comme deux coupes de champagne.

Qu’est-ce qui est en train de naître ? À quoi trinquons-nous ?

Lui

À l’amour.

Elle

Chut ! N’emploie pas ce mot là, c’est trop tôt !

Lui

D’accord, j’attendrai demain !

 

Éclat de rire réciproque pendant qu’ils avalent la première gorgée de thé. Derrière, le bruit des rires, un silence tendre s’installe. Émile, écoute discrètement avec eux ce silence. Fier que son petit bistrot soit un écrin pour ces amoureux de la vie.

 

Lui

Je voudrai savoir…

Elle

Que veux-tu savoir…

Lui

J’hésite, je ne voudrai pas… Je ne voudrai pas être indiscret…

Elle

Tu sais, je suis capable de ne pas répondre. Tu veux savoir qui je suis, ce que je suis.

Lui

Oui !

Elle

Moi aussi, j’ai besoin de savoir, de connaitre qui tu es. Mais toi aussi tu peux avoir ton jardin bien à toi.

 

Pendant un moment, les mots passent, s’échangent, se précisent, se vérifient. Ils arrivent seuls ou par saccades. Ils sont légers ou lourds, ils se posent, ils volent. Ils sont affirmatifs, interrogatifs, jamais négatifs. Ils font rire ou ils font perler une larme d’émotion. Ils sont riches.

Ils se regardent comme épuisés par ce débit, par la confiance qu’ils ont perçu dans les paroles de l’autre.

Chacun est étonné de ce qu’il a osé dire dans ce climat de confiance pure.

 

Elle

L’heure est déjà passée pour mon travail, je dois partir.

Lui

Va, maintenant que je sais combien tu aimes ce que tu fais. Je suis admiratif de ta réussite professionnelle.

Elle

Tu es gentil. Embrasse-moi vraiment maintenant, j’en ai envie.

 

Les lèvres dansent des joues aux lèvres de l’autre. Les pointes de langue vérifient si la bouche de l’autre a un goût de dessert.

Émile tourne la tête.

 

Lui

À demain…

Elle

Non, demain matin, je ne pourrai pas être là.

Lui

Quelle tristesse ! Alors garde moi du temps pour aller au restaurant le soir.

Elle

Belle idée, cela me fera plaisir, je te laisse choisir, où tu veux, comme tu veux. Demain, nous débuterons par une journée lentilles pour finir par une journée caviar !

Lui

Qu’est-ce que tu dis ?

Elle

 Ne te prends pas la tête, c’est ma manière de parler. Mais tu l’as déjà compris, je suis un peu folle !

Lui

Un peu ?

Elle

Va savoir !

 

Lui

Un éclat de rire ricoche encore entre les murs du bistrot quand elle a déjà passé la porte. – Émile ! Un autre thé s’il vous plait.

Émile

Elle est très jolie…

 

Jeudi matin

 

Lui

Il entre dans le bistrot, il sourit à Émile qui lui fait un signe pour le café. Un sourire plein de brouillard.

Émile

S’approche et pose la grande tasse de café et le verre d’eau fraîche. Il se penche vers lui et demande à voix basse : - Elle ne vient pas aujourd’hui ? Vous semblez triste d’être seul… Voulez-vous un journal ?

Lui

Merci Émile, oui, donnez-moi un journal, mais rien qu’avec des bonnes nouvelles ! Je vais rester un moment pour écrire dans mon calepin.

Émile

Tant que vous voulez ! D’ailleurs, il n’y a pas beaucoup de passage ce matin.

Lui

Il feuillette rapidement le journal en haussant les épaules. Il n’arrive pas à se déterminer entre les bêtises de gauche et les stupidités de droite. Il repose le journal, gribouille un peu sur le calepin, puis les mots viennent, indépendants de son esprit, se posent d’autorité sur le papier et guident sa plume. Les rimes dansent en musique :

Toi ma douce,

Quand dans mes bras tu viens

Là contre moi blottie

Toi la douce et tendre

Il ne me manque rien

Car le chemin du paradis

Est la seule route à prendre.

Lui

Il jette un coup d’œil à la pendule murale. Il est étonné que le temps ait passé si vite. Il finit une dernière goutte du deuxième café servi par Émile. Il se lève, la monnaie à la main, la pose sur le comptoir.

Lui

Salut Émile, à bientôt. La réponse d’Émile l’accompagne quand il passe la porte.

Dans la petite rue où l’herbe pousse encore entre les pavés, il lève les yeux au ciel vers un ciel gris. Seul un bout de ciel bleu apparait dans la grisaille. – Tiens, moi aussi j’ai un bout de ciel bleu dans ma tête, ce sera ce soir…

 

Jeudi soir

 

Lui

Au moment où le jour s’apaise, il est assis sur le tabouret du bistrot et discute avec Émile. Comme ils ne discutent que de banalités, il s’étonne du grand sourire de son interlocuteur. Sans avoir le temps de l’interpréter, il sent une pression sur ses épaules et des lèvres qui se posent sur son cou. Il est vexé, peut-être même honteux de ne pas l’avoir sentie arrivée.

Elle

Bonjour bel homme !

Lui

Bonjour jolie dame. Oh, attend, recule toi ! C’est pour moi que tu t’es faite si belle ? Quelle chance j’ai ! Tu es magnifique !

 

Émile s’est éloigné de son bar en souriant.

 

Elle

Elle se recule d’un pas et se laisse admirer en riant. Pantalon de velours noir avec un boléro qui cache à peine un chemisier dont le haut transparent permet de deviner des trésors à découvrir. Se tournant vers lui, elle l’apostrophe : - Vous êtes aussi très élégant cher monsieur ! Un vrai gentleman. Vous avez belle allure.

Lui

Puis-je chère madame sur un coin de votre joue, déposer un baiser en hommage à votre beauté ?

Bien sûr il avance sa bouche vers la joue qui se dérobe pour laisser place à des lèvres à peine entrouvertes.

Instinctivement le baiser se fait plus passionné dans la solitude du bistrot, Émile s’étant trouvé une occupation sans doute importante dans sa cuisine.

Elle

Elle respire un peu, son visage et ses yeux laissent discerner une étrange brillance.

- Monsieur m’a-t-il invitée pour seulement m’embrasser ou pour m’emmener au restaurant ?

Lui

Allez savoir chère Madame, mais l’un n’est pas exclusif de l’autre !

 

C’est main dans la main qu’ils passent la porte avec un sonore :

- À bientôt Émile !

Ce dernier apparait à la porte de sa cuisine et se contente d’un signe amical de la main. Dans la rue, ils marchent en se tenant la main, les doigts se croisent, se décroisent, se cherchent, se perdent, se retrouvent dans le dédale du bonheur d’un menuet. Puis, au passage d’un trottoir, la main cherche la taille, la trouve, s’y appuie, enserre. Dans un passage plus étroit, au croisement d’autres piétons, la main glisse dans le dos, se pose sur l’épaule, effleure la nuque, joue un instant avec les mèches en écoutant les vibrations émises par ce contact. Cette main assure sa présence en profitant d’un instant de bavardage lorsqu’ils arrivent devant l’entrée du restaurant. Porte vitrée moderne sur un encadrement de pierres anciennes.

 

Lui

J’ai choisi ce restaurant parce qu’il est beau. Je voulais pour ce premier repas que nous partageons, une sorte d’écrin pour protéger ce moment de grande valeur. J’espère qu’il sera bon car j’ai relevé son nom dans la liste des rendez-vous gastronomiques de notre ville

Elle

Souriante, les yeux levés vers le sourire qui la regarde :

Pour cela je prends votre invitation pour un cadeau, je ne doute pas de la qualité du cadeau, et j’apprécie son emballage, son écrin

 

Accueil cordial du personnel belle table ronde, isolée, deux assiettes blanches, face à face, et avant qu’ils ne soient assis, les assiettes sont côte à côte, par des gestes naturels, à peine marqués. La main de l’un passe dans la main de l’autre, la presse légèrement au fil des mots du bavardage

 

Lui

Puis-je lever mon verre à notre rencontre, à ma chance d’avoir votre présence, votre élégance à mes côtés.

Elle

Moi aussi, je suis heureuse d’être là, vous êtes un homme rassurant.

Lui

Rassurant ?

Elle.

Oui. Votre allure, vos épaules semblent solides, pas seulement au sens physique. J’aime la douceur de votre voix, le calme avec lequel vous parlez.

Lui

Mais, que me dites-vous ! Vous êtes en train de me séduire avec les jolis mots que vous me dites.

Elle

En riant :

- Seulement avec les mots ?

Lui

Vous êtes superbe quand vous riez ! Non, ce n’est pas seulement avec les mots que je vous trouve séduisante, j’aime bien regarder votre visage.

Elle

Mon visage ?

Lui

Oui. Il est harmonieux, sa forme, sa luminosité. J’aime bien regarder votre visage et même un peu en dessous.

Elle

Coquin !

 

Le repas se poursuit sous l’œil amusé du serveur qui constate que l’espace entre les deux chaises s’est encore réduit.

Fin de repas, note réglée avec discrétion. Veste tendue posée sur les épaules, effleurement. Ils se retrouvent dans la fraîcheur de la petite rue.

Elle

Ses mains enserrent les mains de l’homme. Son regard devient sourire.

- Merci pour ce repas, pour ce moment.

Lui

Moi aussi je vous remercie pour ce moment partagé, j’ai beaucoup de plaisir à être avec vous, de vous regarder, de vous écouter. Voulez-vous une promenade au hasard des rues ?

Elle

Pourquoi pas, mais ma journée a été un peu chargée et je suis fatiguée ce soir. Puis-je vous offrir un verre pour vous remercier de ce délicieux repas ?

Lui

Volontiers, c’est gentil, où voulez-vous aller ?

Elle

Pourquoi pas chez moi, ce n’est pas très loin.

Lui

Je serai ravi de découvrir là où vous vivez. Ce doit-être un endroit bien décoré.

Elle

À votre avis, quelle est la couleur dominante ?

Lui

Oh, La question est difficile !

Elle

Laissez aller votre intuition.

Lui

Alors, je le vois beige, crème, rehaussé de tons rouges, non plutôt bordeaux.

Pourquoi souriez-vous ?

Elle

Vous verrez…

 

Elle sourit encore en ouvrant la portière de sa voiture. Elle sourit toujours, un moment plus tard quand elle pousse la porte de l’appartement.

Il entre à sa suite, son regard survole la pièce de séjour. Le canapé et les fauteuils sont beiges, presque jaunes, à la grande baie vitrée, des voilages crème et grenat pendent avec élégance.

 

Lui

J’ai gagné ?

Elle

Ce n’était pas trop mal

 

Ils s’installent sur le canapé, oubliant qu’ils étaient venus là pour prendre un verre. Une tête se pose au creux d’une épaule, les baisers deviennent plus élaborés. Les doigts découvrent d’autres courbes, d’autres territoires. Une main effleure une nuque sur laquelle se dépose un baiser là où les cheveux laissent place à la peau douce.

 

Elle

Oui, là, c’est agréable, j’aime…

Lui

Il sait maintenant qu’il ne rentrera chez lui que très tard, demain sans doute.

 

 

© Pierre Delphin – avril 2012 –

 

 

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mercredi 11 avril 2012

J'aime le froid

 

J’aime le froid qui givre tes cils. J’aime le froid qui pose ses diamants de glace sur la mèche qui glisse de ton bonnet. J’aime le froid qui rosit les pommes d’amour de tes joues. J’aime le froid qui sublime l’éclat de tes yeux.

J’aime le froid quand tu tends la mitaine qui protège ta main. J’aime le froid quand ta main se glisse dans ma poche. J’aime le froid quand tes lèvres cherchent les miennes pour partager un effluve de chaleur le temps d’un : Je t’aime. J’aime le froid quand ta main presse ma nuque pour m’offrir le velours de ta joue. J’aime le froid.

Je n’aime pas le froid qui glace mon squelette quand un que j’aime s’éloigne. Quand un que j’estime, refuse de comprendre. Je n’aime pas le froid qui s’installe entre les êtres par manque du courage du discernement, par manque d’amour. Cet amour qui reste de tout temps la meilleure parade contre la froidure des cœurs.

Mais j’aime le froid quand nous laissons glisser nos corps sur la neige. J’aime le froid quand cette poudre blanche nous envahit, nous submerge. Quand elle allume nos rires en éclats jusqu’à faire vibrer les stalactites de glace qui ornent la lisière de notre toit.

J’aime le froid lorsqu’avec toi je viens à l’abri de ce toit. J’aime le froid que nous laissons derrière le carreau. J’aime le froid quand j’allume la cheminée, quand les premières flammes brillent dans tes yeux et font pétiller tes pupilles.

J’aime le froid quand sur le tapis du salon les vêtements trop chauds volent vers le plafond. J’aime le froid quand dans la chaleur de notre maison ma main se pose sur ta peau. Quand mes doigts glissent en caresse douce, quand ta main vient à la rencontre de la mienne. Quand ces mains prennent, donnent, échangent du bonheur simple conjugué au présent. Quand elles parlent de la certitude d’aimer et d’être aimé.

J’aime le froid quand il reste loin de moi et que je suis avec toi dans notre chaleur de tendresse.

 

© Pierre Delphin – avril 2012

 

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mardi 27 mars 2012

Nos amies les bêtes

 

 

«Myope comme une taupe», «rusé comme un renard» «serrés comme des sardines»... les termes empruntés au monde animal ne se retrouvent pas seulement dans les fables de La Fontaine, ils sont partout. La preuve : que vous soyez fier comme un coq, fort comme un bœuf, têtu comme un âne, malin comme un singe ou simplement un chaud lapin, vous êtes tous, un jour ou l'autre, devenu chèvre pour une caille aux yeux de biche.

Vous arrivez à votre premier rendez-vous fier comme un paon et frais comme un gardon et là, ... pas un chat ! Vous faites le pied de grue, vous demandant si cette bécasse vous a réellement posé un lapin. Il y a anguille sous roche et pourtant le bouc émissaire qui vous a obtenu ce rancard, la tête de linotte avec qui vous êtes copain comme cochon, vous l'a certifié : cette poule a du chien, une vraie panthère ! C'est sûr, vous serez un crapaud mort d'amour. Mais tout de même, elle vous traite comme un chien. Vous êtes prêt à gueuler comme un putois quand finalement la fine mouche arrive.

Bon, vous vous dites que dix minutes de retard, il n'y a pas de quoi casser trois pattes à un canard. Sauf que la fameuse souris, malgré son cou de cygne et sa crinière de lion est en fait aussi plate qu'une limande, myope comme une taupe, elle souffle comme un phoque et rit comme une baleine. Une vraie peau de vache, quoi ! Et vous, vous êtes fait comme un rat.

Vous roulez des yeux de merlan frit, vous êtes rouge comme une écrevisse, mais vous restez muet comme une carpe. Elle essaie bien de vous tirer les vers du nez, mais vous sautez du coq à l'âne et finissez par noyer le poisson. Vous avez le cafard, l'envie vous prend de pleurer comme un veau (ou de verser des larmes de crocodile, c'est selon). Vous finissez par prendre le taureau par les cornes et vous inventer une fièvre de cheval qui vous permet de filer comme un lièvre. Ce n’est pas que vous êtes une poule mouillée, vous ne voulez pas être le dindon de la farce. Vous avez beau être doux comme un agneau sous vos airs d'ours mal léché, il ne faut pas vous prendre pour un pigeon car vous pourriez devenir le loup dans la bergerie.

Et puis, ça aurait servi à quoi de se regarder comme des chiens de faïence.

Après tout, revenons à nos moutons : vous avez maintenant une faim de loup, l'envie de dormir comme un loir et surtout vous avez d'autres chats à fouetter... 

 

Avec l’amitié et la complicité d’une amie qui n’est pas bête du tout,

quoiqu’elle ressemble à une mésange dans son bel habit de plume…

Pierre Delphin – octobre 2011

 

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vendredi 23 mars 2012

Non rencontre

 

La lumière est douce ce matin sur l’allée de la gare. Un rai de lumière se faufile entre deux nuages gris pour venir se poser sur les feuilles des platanes. Le vert du feuillage s’est dissipé dans les brumes de l’automne pour faire place à une furtive couleur de bronze doré qui brille ce matin comme un adieu au bel été.

Antoine aime ce moment du jour où la vie se renouvelle. Sa respiration est forte comme pour mettre en réserve cet oxygène frais du matin. Il est heureux. Heureux de partir à la ville retrouver son groupe d’amis pour une balade citadine. Tous les mois, ils organisent une balade citadine pour le plaisir de la visite et le plaisir de se retrouver. Il ne marche pas très vite, il est en avance pour le train de huit heures 42. Il regarde. Ses yeux sont contemplatifs pour apprécier l’ensemble du décor. Ils se font plus inquisiteurs pour s’arrêter sur un détail, sur une forme. Il ralentit, un pas puis deux pour apprécier ce rai de lumière dans le brun du feuillage. Un instant sa marche est suspendue et son regard se pose comme devant une toile célèbre dans un musée.

Antoine ne remarque même pas cette femme qui vient de le dépasser. C’est en suivant d’un œil ému le mouvement d’une feuille qui vient finir sa vie dans le caniveau sec d’un trottoir gris qu’il l’aperçoit. Il est frappé par la finesse de ses jambes et par son pas pressé. Il hausse les épaules. Elle prend sans doute le même train que moi, nous avons le temps. Elle continue d’aller vite vers la salle d’attente. Il la regarde s’éloigner. Antoine aime regarder les gens. Il aime les silhouettes féminines. Elle est élégante avec sa veste qui lui pince la talle. Ses talons haut perchés claquent sur le bitume comme le bruit d’un oiseau qui aurait la fortune de trouver quelques graines. Antoine écoute son pas et la regarde disparaître par la porte de la petite gare.

Beaucoup de personnes sont en attente dans cet espace restreint. Antoine laisse filer la porte derrière lui. Ses lunettes s’embrument dans cette chaleur humide de l’espace d’attente. Son regardé balaye le volume de la pièce à la recherche d’un visage ami. Personne dans cette foule. Il se sent seul dans cette multitude. Un coin de banc, étroit, est encore disponible. Il s’approche. Il reconnaît la femme vue dans l’allée. Sur son visage de femme mûre, des marques indélébiles d’une jeunesse qui ne s’estompera jamais. Antoine la trouve belle avec son regard clair qui se perd dans la banalité du lieu. Il se penche avec un – Vous permettez ? Il s’assied sur le banc rude, étroit. Elle lui a souri en signe d’acquiescement. Elle fait un mouvement courtois d la hanche pour lui élargir la place. Son livre s’échappe, tombe à terre. – Oh pardon – Dit-il. Il se penche pour le ramasser. Elle a le même mouvement. Il sent le contact brusque de son front. Ils se cognent vraiment dans ce mouvement simultané, non, seulement ils s’effleurent dans ce contact impromptu. En chœur ils disent : - Excusez-moi. Ils éclatent de rire. Deux rires pétillants au milieu de cette foule triste, indifférente. Il ramasse le livre, le lui tend.

- Oh, vous lisez Donna Leon, vous aimez Venise ?

- Oui, sans plus, la ville est jolie, mais je n’aime pas l’humidité.

Antoine cherche les mots pour poursuivre la conversation, mais il voit que le regard de la femme s’est échappé. Promptement elle a rangé le livre dans son sac, son visage s’est crispé. Il la regarde du coin de l’œil, il a peur d’être trop insistant, impoli. Il sent une tristesse dans ce beau regard, une tension dans ce corps élégant. Qui est-elle ? Se demande-t-il. C’est la première fois que je la vois ici. Où est sa souffrance ? A-t-elle une souffrance ? Pourquoi a-t-il un regard sur elle en particulier ? Seulement parce qu’elle est belle ? Seulement parce qu’elle est élégante ? Il la perçoit sensible, il aimerait connaître cette sensibilité, la rencontrer, la partager. Pourquoi elle ?

Le train arrive, il la regarde partir le long du quai vers une autre voiture. Antoine monte dans le wagon suivant, s’assoit sur une place libre. Pendant une partie du voyage, le visage de cette femme envahit son esprit, puis il pense à ses amis, à la balade du jour. Il aime rencontrer, rencontrer de nouvelles personnes, de nouveaux regards, de nouvelles perceptions. Cette femme, cette rencontre lui échappe, il se sent frustré. Il regarde un instant sa voisine. Elle est absorbée dans la lecture de son roman Harlequin, série azur. Elle est belle elle aussi, mais il ne ressent pas l’envie de la rencontrer.

Le train s’arrête. Ses amis sont là sur le quai, ils rient. Antoine leur fait un signe, la journée sera belle.

 

 

© Pierre Delphin – novembre 2010

 

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mercredi 14 mars 2012

J’aime le soleil

 

J’aime le soleil quand ses rayons tricotent les boucles blondes de tes cheveux. J’aime le soleil quand il pose des étoiles de lumière sur le velours de ton épaule. J’aime le soleil qui colore ton teint pain d’épice. J’aime le soleil qui chauffe ta nuque et la perle de rosée. J’aime le soleil qui te rend belle.

J’aime le soleil qui illumine notre chemin. Ce chemin où des amis nous accompagnent. Ce chemin où des amis se sont arrêtés sur le banc confortable, le temps de laisser le temps, le temps de réfléchir et d’oublier. Ce chemin où des amis ont fait demi-tour pour mieux rester à l’ombre. J’aime le soleil qui fait éclater les rires et celui qui fait grincer les dents.

J’aime le soleil que ta main pose dans la mienne. Je sens sa chaleur quand tes doigts crochètent les miens. Ce soleil qui nous entraine sur le fil de ses rayons dans la roue de notre vie.

J’aime le soleil qui mouille mon dos quand je marche vers toi. J’aime le soleil qui sèche nos peurs quand nous rêvons à deux. J’aime le soleil qui brille dans mes nuits de tendresse, ivresse d’un partage. J’aime le soleil qui donne sans demander, qui conquiert sans asservir, qui domine sans écraser.

J’aime le soleil qui nous fait chanter. Chanter ces mélodies banales qui courent aux coins des rues. Trois petites notes de musique qui plient boutique au creux du souvenir. Trois petites notes qui nous enchantent, qui dansent et ne veulent pas mourir.

J’aime le soleil qui nous donne la vie. J’aime le soleil qui fait de l’ombre à la mort que j’ai côtoyée si souvent. J’aime le soleil qui fait oublier que je lui ai fait la cour dans les coins sombres de la vie. J’aime le soleil qui efface ces rencontres improbables qui me tendaient la main.

J’aime le soleil qui fait espérer que demain sera jour de lumière. J’aime le soleil de mes certitudes, de nos attentes, de nos espoirs. J’aime le soleil parce qu’il est toi, parce qu’il est moi, parce qu’il est nous, ensemble sur notre chemin.

 

© Pierre Delphin – 14 mars 2012

 

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mercredi 7 mars 2012

J’aime la pluie

 

J’aime la pluie qui fait briller les rues, qui fait des floc-floc pour rythmer tes pas. J’aime la pluie qui glisse sur la peau lisse de ton imper. J’aime la pluie qui goutte en dentelle sur le bord de ton chapeau.

J’aime la pluie qui fait briller tes yeux, qui met de la joie dans ton regard. J’aime la pluie qui humecte le bord de tes lèvres quand tu murmures : Je t’aime. J’aime la pluie quand j’arrive et que me tend la main.

Cette pluie que les autres détestent, cette pluie qui les importune. Cette pluie qui contrarie leurs projets, cette pluie qu’ils avaient mal anticipée. Cette pluie dont ils n’avaient pas su lire dans le ciel les signes précurseurs. Ils n’avaient pas vu venir les nuages quand l’orage est arrivé. Ils accusent le ciel pour ne pas voir leur propre cécité.

Ils accusent le ciel pour les gouttes froides qui ruissellent dans leur cou, qui mouille leur dos voûté. Ils deviennent le juge suprême qui était l’objet de leurs critiques véhémentes il y a deux jours. Ah, qu’il est bon de juger quand on ne sait pas. Ah, comme on se sent fort quand on n’a même pas la peine d’entendre l’accusé. Le ciel qui lave son honneur dans le bonheur, ne parle pas, il n’a pas la peine de se défendre.

Mais toi tu marches sous la pluie en riant. J’aime la pluie quand ta main mouillée s’accroche à la mienne. J’aime la pluie quand tu sautes dans les flaques comme une enfant. J’aime la pluie qui tache le bas de mon pantalon et le met en accordéon pour mieux danser sous la pluie.

J’aime la pluie qui crée les torrents, qui gonfle les rivières et qui nous entraîne, nous petits fétus de paille entrelacés, vers un océan de tendresse. J’aime la pluie de tes baisers lorsqu’ils assaillent mes joues, mes lèvres et qu’ils inondent mon cœur de bonheur.

 

© Pierre Delphin – mars 2012

 

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dimanche 4 mars 2012

Mille émois

 

 

Ce soir quand la lune renait

Je goutte au bonheur d’aimer

Sur l’écran plat, précieux relais

Pour les mots de fin de journée.

Il a suffi qu’un doux message

Qui vienne de toi

Pour que mon cœur sage

Vive mille émois.

 

© Pierre Delphin – novembre 2011

 

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mardi 28 février 2012

J’aime le vent

 

J’aime le vent, ce vent qui voile tes cheveux qui fait danser les mèches. J’aime le vent qui rafraichit ta bouche, qui l’ouvre en sourire. J’aime le vent qui courbe tes cils et fait rire tes yeux. J’aime le vent qui porte tes pas sur un nuage de bonheur. J’aime le vent qui guide ta main dans mes cheveux pour de savantes ébouriffades.

Ce vent fripon qui fait voler ton jupon comme le dit la chanson. Ce vent qui nous porte à vivre, à rêver pour de vrai, à percevoir un futur qui commence tout de suite. Ce vent qui nous guide sans contrainte, qui nous suit ou nous précède, qui nous accompagne sur notre chemin.

Ce vent, c’est la vie dans le bonheur de l’amour, c’est être sans paraitre, c’est avoir sans richesse. C’est vivre.

Ce vent qui apaise, néglige les conflits, sans accepter les compromis, mais qui porte vers l’avant, vers la sauvegarde qui nous garde la vie sauve. Ce vent qui garde la vie comme une chandelle sans jamais en faire osciller la flamme.

Ce vent, c’est ta main dans la mienne quand nous marchons, quand nous dansons d’un même pas dans l’élégance d’un geste, d’une attitude.

Ce vent, c’est celui qui t’a portée jusqu’à moi, qui m’a conduit vers toi. Et c’est grâce à toi, c’est pour toi que j’aime le vent.

 

© Pierre Delphin – février 2012

 

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Le poids des larmes

 

Quand on pleure, c’est le supplément d’âme qui coule des paupières.

 

© Pierre Delphin – août 2011

 

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