L'écritoire du baladin

mardi 29 novembre 2016

Le Grammairien amoureux

 

 

Elle - Quel bonheur Monsieur d'être ici, enfin à vos côtés.

Lui - Quel bonheur depuis le jour où nous nous rencontrâmes, nous nous vîmes

Elle - Et nous nous plûmes.

Lui - Oh oui beauté torride vous me plûtes.

Elle - Aussitôt de l'amour dans mes yeux vous vous aperçûtes.

Lui – Ah ! Fallait-il que je vous visse. Fallait-il que vous plussiez.

Elle - Bienheureuse que je pusse vous parler, et que vous puissiez, dans ce tohu-bohu des puces, m’ouïr, bien que vous chinassiez.

Lui – Je le pu et vous fûtes, mais pour que vous me cédassiez, j’ai dû mentir et vous me crûtes sans que vous vous méfassiez.

Elle - Fallait-il que je vous aimasse.

Lui - Fallait-il que je vous voulusse.

Elle - Et pour que je vous embrassasse, fallait-il que je vous reçusse.

Lui – En vain je m’opiniâtrasse, bien que vous me désespérassiez.

Elle – En Vain je vous idolâtrasse, bien que vous m’assassinassiez.

Lui - À l'imparfait du subjonctif vous m'avez fait un drôle d'effet

Elle - Au présent de l'indicatif, vos yeux étaient plus que-parfait.

Lui - Mais au futur interrogatif, vous laisserez-vous conjuguer.

Elle - Un soir... Un soir… Ce présent sera futur

 

© Annie Malartic- Carette & Pierre Delphin – Octobre 2012

 

Posté par PierreDelphin à 18:07 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


lundi 14 novembre 2016

L’amour et la haine sont éternels

 

 

Seul l’amour résiste à l’éternité car il est de même nature. (Khalil Gibran)

 

Se doutaient-ils que leur succession allait engendrer beaucoup de guerres, beaucoup de drames et beaucoup d’amour ? Lorsque Gaïa enfanta Cronos le fils d’Ouranos, avait-elle conscience que du haut de son éternité, elle fécondait l’Amour et la Haine, ces sentiments contraires, semblables, qui se survivent dans leur équilibre immuable.

L’amour portera l’humain vers la beauté d’un lendemain simple et serein. Mais, la haine les retiendra dans la fange de la douleur et de la tristesse.

Particule flottante dans cet espace d’éternité, nous voguons dans le temps qui passe. En se faufilant dans ce dédale des contraires, des oppositions, nous avançons pour laisser notre trace qui finalement, n’est que quelques cercles de ricochets troublant la surface calme d’un étang. Et nous disparaissons dans le bonheur de savoir que derrière nous, d’autres bonheurs, d’autres amours existerons. Mais, derrière nous, il restera hélas aussi, d’autres guerres, d’autres haines qui écloront comme les bulles putrides de la surface d’un marigot.

 

Pierre Delphin – 14 novembre 2016

 

Posté par PierreDelphin à 10:45 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

mardi 8 novembre 2016

Porteurs de poèmes

 

 

Les arbres sont des poèmes que la terre inscrit dans le ciel (Khalil Gibran)

 

Toi le bouleau, de ta feuille fragile, quelles rimes laisseras-tu au creux du firmament infini ? Quelle espérance emportera ta feuille jaunie d’automne quand, du ciel, elle retrouvera la terre qui l’a fait vivre.

Es-ce toi le sapin, qui de ta plume encrée, as dessiné ce trait sur la page bleue du ciel pour souligner un nuage ? Es-ce toi ou cet avion qui porte au bout de son aile une trace de terre pour l’offrir en poème à l’azur ?

Toi l’orme, qui impose ta noblesse, les pieds bien ancrés dans la terre de tes ancêtres, tu mêles des mots d’amour à chaque nuée qui passe, et le zéphyr chante des vers de tendresse que ta voix grave répète aux étoiles.

Toi le cyprès dans ton anorexie inquiétante, tu montres de ton doigt accusateur l’écriture triste du gros nuage noir, porteur d’orage dans le ciel sombre d’une Provence avide de l’eau céleste.

Toi, simple taillis aux milles plumes, tu lances des paroles en grappes vers le ciel clair de l’été, pour y écrire les joies et les bonheurs que notre terre porte.

Vous les arbres, grands, petits, vous mes amis, vous mes confidents, vous mon écrin des voluptés de l’esprit, inscrivez dans la fête d’un ciel multicolore, la poésie des mots de mon bonheur de vivre.

 

Pierre Delphin – 5 novembre 2016

 

Posté par PierreDelphin à 22:17 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

mardi 11 mars 2014

Ta chandelle s’est éteinte

 

 

L’automne était bien commencé. À la porte de l’hiver, Maman, ta flamme s’est éteinte ; depuis plusieurs jours elle était vacillante et nous étions là pour la veiller.

Depuis à peine plus d’un mois tu avais soufflé ta bougie avec l’inscription : « cent-deux ». Levant ton verre de cidre tu nous as murmuré : - Bonne santé à tous. Osant quelques mots d’une chansonnette inconnue de nous. Peut-être même inventée pour la circonstance. Tu savais, tu sentais, que cet anniversaire-là était le dernier.

Puis, tu es restée à attendre l’échéance de la vie, consciente. Attendre, attendre. Nous étions là, deux enfants vieillissants, nous étions là pour tenir ta main, pour apaiser tes peurs, pauvres de notre impuissance à changer le cours du destin. Une bronchite est venue pour tendre la main à la chamade. Une fatigue immense s’est installée.

Notre madeleine, c’était le café de l’après-midi, avec un gâteau. Trop de tension dans la gorge, le partage s’est arrêté. Plus l’envie, plus la force de tenir la tasse. C’est étonnant, comme un geste, un rite quotidien, lorsqu’il s’arrête, marque d’une pierre sombre une étape de vie.

Puis, le circuit du lit au fauteuil et du fauteuil au lit est devenu le circuit du lit au lit. L’automne et la fatigue avaient fait abandonner, depuis plusieurs semaines, les promenades autour de la maison.

Le lit, dernier refuge de la vie, est devenu cocon avec son murmure de mouvements pour soulager l’usure de la peau. La maladie s’est retirée en laissant un limon d’épuisement. Les dernières réserves d’énergie, se sont envolées avec les premiers vents d’automne.

La Toussaint est passée. Cette année, tu ne t’es pas inquiétée des soins apportés à la tombe de ton homme, notre père. Déjà trente-cinq ans qu’il y réside, tu savais que tu allais bientôt le rejoindre.

Nous sentions que les derniers jours étaient là, nous étions frère et sœur de chaque côté du lit. Attendre. Main dans la main, des mots de douceur, apaisement de l’âme. Nous avions eu le temps de nous dire ce qu’il nous restait à partager, nous étions sereins.

Cet après-midi du 4 novembre touchait à sa fin, sa somnolence était calme. Une dernière envie : boire. Un peu d’eau gélifiée qui glisse dans la gorge, un baume. Dernier sourire de contentement, puis le sommeil, le silence.

Puis une question : - Elle s’est endormie ? Ce n’était pas une question, la réponse n’en était pas une non plus. – Non, c’est fini.

D’un coup tout se précipite : formalités, choix, décisions. Mettre les choses en ordre, fermer la porte en disant : - Merci.

Vient vite le temps du dernier voyage. Passage par l’église – Oh, juste une absoute tu avais dit. Cérémonie simple, seulement dévoyée par le spectacle de mépris que tes deux petites-filles ont joué à leur père. Il y avait d’autres lieux pour ce scénario, elles ont choisi une église et un cimetière.

 

 

© Pierre Delphin – mars 2014

Posté par PierreDelphin à 15:30 - - Commentaires [7] - Permalien [#]

dimanche 16 février 2014

Mes vieux rêves

 

Mes vieux rêves sont des bons rêves.

Ils ne se sont pas réalisés,

Mais je suis content de les avoir eus.

 

Pierre Delphin – février 2014

Posté par PierreDelphin à 08:45 - - Commentaires [2] - Permalien [#]