Le ciel de pleine lune est lumineux en cette fin septembre. La rue Émile Ginot s’étire le long de ses villas confortables. Le style béarnais s’est installé là au bord de la ville. Jean Brincourt a vérifié sa montre en entendant les 11 coups de la cathédrale de Pau. Il avance d’un bon pas pour regagner son pavillon. Il a un peu peur, compte tenu des événements de ces dernières semaines, mais la rue est tranquille et la personne qui arrive en sens inverse paraît bien inoffensive. Levant la tête, il a un regard vers les étoiles, perdu dans les pensées tristes de la mort brutale de ses deux amis. Des pourquoi sans réponse galopent dans sa tête. Pourquoi eux ? Pourquoi cette brutalité et surtout ce découpage barbare ? L’homme qui arrive en face de lui a ce visage tranquille, serein du promeneur nocturne, un visage de brave homme, d’ailleurs, il s’apprête à le saluer.

Un choc, les étoiles se multiplient, scintillent dans une sarabande, envahissent son espace, tournent, tournent. Il ressent l’éclatement de sa boîte crânienne, puis d’autres chocs, son ventre explose. Épuisé son cœur s’arrête.

Antoine Canton jette dans la haie le bâton trouvé opportunément à quelques mètres de là. Il regarde Jean Brincourt sur le dos étendu sur le trottoir. Du talon, il écrase le bassin de l’homme inanimé, lui écrase les parties génitales. Un coup, deux coups, dix coups peut-être, consciencieusement. La petite serpe achetée dans une brocante et soigneusement réaffûtée sort de sa poche au bout de sa main. Rapidement, elle coupe la ceinture, lacère le pantalon et le sous vêtement et en ne prenant que peu d’élan coupe un sexe petit, recroquevillé, déjà ensanglanté par les coups de pied. Un dernier regard à l’épave gisante, il lui crache dessus, jette la serpe désormais inutile dans la haie du jardin. Constatant que personne ne s’est aperçu de l’évènement, il remet les mains dans les poches et regagne le centre-ville. Antoine Canton estime avoir terminé son travail.

La sonnette de nuit du commissariat est à peine éclairée par une diode jaune. À la question :

- C’est pourquoi ?

Il répond d’une voix lasse :

- Pour vous donner des informations.

- À quel sujet ?

- Vous verrez bien !

La gâche électrique claque et libère la porte. Il entre. Deux agents sont là, inquiets. L’un d’eux a la main sur la crosse de son revolver.

- Quelle information voulez-vous nous transmettre ?

- Je viens de tuer un homme.

- Quoi !

- Je viens de tuer un homme rue Émile Ginot.

- Venez ici, asseyez-vous là.

La porte se referme, il entend le bruit de la serrure. Les bruits passent les cloisons trop minces. Le deuxième agent avec un accent béarnais gouleyant lance un appel radio :

- Avis à toutes les patrouilles, un crime vient d’être commis rue Émile Ginot.

- Allo commissaire, désolé de vous déranger à cette heure, mais un homme vient d’arriver et nous dit qu’il vient de tuer un homme rue Ginot… Oui, nous l’avons isolé, nous vous attendons. …

à demain pour la suite…

© Pierre Delphin - avril 2010.