vendredi 23 décembre 2011

Avec toi

Quand je suis avec toi je pense au bonheur à venir.

Quand le bonheur est venu, je pense aux bonheurs qui viendront

Particulièrement à ceux qu’une année nouvelle nous promet

Pour nous fabriquer un nouvel avenir.

 

© Pierre Delphin – 2011


 

 

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jeudi 2 juin 2011

Ah Marie !

 

J’aime

Tu aimes

Il aime

Elle aime

Nous nous aimons

Vous vous aimez

Ils s’aiment

.

Ah Marie !

Que j’aime conjuguer ton anagramme

Pour aller au fond de ton âme…

.

.

.

© Pierre Delphin – Janvier 2011

 

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mercredi 11 mai 2011

Viens à ma rencontre

 

Que serai-je sans toi, qu’un cœur au bois dormant. Une poussière opportune jouait à faire tressauter le bras du pick-up. Dix, quinze, vingt fois que j’entendais la voix aimée, répétitive. J’entendais sans écouter, trop absorbé par ma lecture. Une revue, la littérature de la renaissance. Montaigne. Un essai pour trouver les vraies sources du bonheur. Hédonisme. J’applique cela au creux de mon fauteuil.

Une voix forte arrive de la cuisine :

- Oh ! Tu changes le disque de ton ardéchois !

Quel scandale et quelle insolence pour parler ainsi d’un poète. D’un poète de la vie, d’un jongleur de mots, sorte de croque notes. Une pichenette sur le bras et la chanson continue :

- …que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre…

Par avance, j’aime, j’aimerai ceux viennent, qui viendront à ma rencontre, qui viennent pour moi, qui m’offre ce trésor sans prix : Le temps qui leur reste. Temps de vie où le vivant s’ajoute au vivant.

Toi aussi viens à ma rencontre. J’irai d’un pas léger vers toi. Mais déjà les effluves viennent agacer mes narines, exciter mon palais qui déjà salive. Avant que je ne reconnaisse, avant que je demande, déjà tu annonces :

- Lapin et ses carottes dans un bain de tomates et d’herbes fraîches.

J’aime quand tu viens ainsi à ma rencontre une casserole fumante à la main et un rire qui tintinnabule sur ton visage. Que serais-je sans toi sans ces bonheurs du jour ? Qu’un vieux bois dormant au fond de la remise.

 

© Pierre Delphin – mars 2011

 

 

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dimanche 1 mai 2011

Printemps au jardin

 

Tous les ans en cette saison j’ai mal aux dents. Je souffre. Tous les ans dès que le printemps revient les symptômes apparaissent. Douleurs, irritations, encombrement. Je n’aime pas le printemps, j’ai mal aux dents. Cet hiver, comme tous les hivers, j’ai eu froid certes, mais j’étais tranquille dans ma maisonnette avec mes amis. Nous avons pris patience, au calme. Je me souviens de ces jours où la pluie a tambouriné sur le toit de notre abri. Je me souviens de ce jour où la neige venue a illuminé de sa clarté blanchâtre notre petite fenêtre. Je me souviens aussi de ces jours de grand froid où mes vingt-quatre dents claquaient dans un terrible tempo.

Un jour, le soleil s’est fait plus chaud. Dès le lendemain la porte s’est ouverte. Il était tout excité avec ses grandes bottes vertes. Il m’a pris et jeté, oui j’ai bien dit jeté dans une brouette avec mes amis. En particulier ma voisine qui avec sa tête de pioche était très en colère. Le mouvement de la brouette sur le gravier de la cour m’a donné le tournis avant de s’arrêter en plein soleil. Il aurait pu choisir un coin à l’ombre !

Je croyais qu’il allait me choisir en premier, mais non ! C’est encore cette tête de pioche qui a eu les faveurs. J’ai entendu des coups et des gémissements. Lui, il sifflotait. Quel mufle, quel sadique ! Je ne sais pas ce qu’ils faisaient, mais leur relation a duré longtemps. Puis mon amie est revenue, jetée à côté de moi dans la brouette dans un grand bruit. Elle a rouspété de ce mauvais traitement. Enfin un moment de tranquillité, tous les deux lovés dans la brouette au soleil. En ricanant nous avons entendu un flop caractéristique. Puis le glouglou d’un liquide que l’on verse et enfin le claquement d’une langue. Mon amie a réussi à me pincer les côtés pour me faire rigoler. Pas facile, car comme je suis très mince… Enfin après un autre glouglou et son claquement de langue associé, il m’a pris. Quel bonheur ! J’ai ressenti ce geste comme une preuve de considération pour mon utilité. J’étais très honoré. J’ai vite déchanté.

Il m’a posé à terre, les dents contre le sol. Malgré les changements, il me semblait reconnaître ce paysage. Je suis sans doute déjà passé par là l’année dernière. Une bordure, un arbre, une borne, quelques coins de repère. Puis il s’est acharné. Il m’a d’abord mis des tas de végétaux entre les dents. Je ne peux pas vous dire lesquels, mais pas de belles salades ou de croquantes carottes. Pas ragoûtant ! Quand mes dents étaient pleines, il me secouait violement de haut en bas. Il jouait à faire des tas ce grand gamin. Ensuite, il a tapé mes dents contre des cailloux, oh la brute ! Oh que je n’aime pas ça ! Je les sentais rouler entre mes dents, à me faire mal. Quel salaud ! Et lui, il ne trouvait rien de mieux que de me taper par terre pour faire tomber ces petits cailloux indiscrets. Quelle vie !

Enfin il s’est calmé. Il m’a délicatement posé, les dents contre le sol je sentais qu’il s’appuyait fort sur mon corps faible. Après un moment d’attente, il m’a sollicité, et là, oh oui là, j’ai perçu que j’allais pouvoir développer tout mon art. Mètre par mètre, centimètre par centimètre, mes dents laissaient leur trace dans le sol meuble, comme une dédicace, comme une signature. Je pensais à cet ami étranger pour qui la seule fonction était de laisser avec ses dents de bois de fines lignes de sérénité dans le fin gravier du jardin de son propriétaire. En grattant ainsi le sol, j’ai bien vu qu’il y avait déposé ses petites graines. Comment allaient-elles naître, éclore, se développer. Seront-elles blondes ou brunes ? De ces brunes au teint carmin que j’aime tant. J’aime bien rester auprès d’elles. Je suis là, je surveille et dès que je vois une limace ou un escargot, je montre les dents.

Il me semblait danser sur le sol, solidement tenu dans ses bras. Je gambadais de ci de là, glissant mes dents entre les petites mottes de terre que j’aidai à trouver une position plus harmonieuse. Heureux, je me sentais utile. C’est important ce sentiment d’utilité, de fonctionnalité diront certains. Quelque objet que l’on soit, nous en ressentons une fierté ou plutôt une reconnaissance. Je ne suis pas comme cette bricole qu’il a apportée l’année dernière et qui dort avec nous dans l’abri. D’ailleurs elle a encore ses vêtements de voyage, du carton ondulé aux couleurs vives, trop vives. Trop vives pour être honnêtes. Ridicules !

Moi, je suis tout simple. Simple mais beau. C’est important d’être beau ! Je vous le confie, je suis d’un beau rouge vif. D’accord, il y a quelques éraflures, mais ça c’est l’âge. Et puis j’ai un corps très mince tout en frêne verni. Dur, souple, élégant. Il est décoré d’un joli drapeau tricolore dont je suis fier. Il faut dire que je suis un peu nationaliste et assez opposé à tous ces confrères étrangers qui envahissent nos jardins. Sous le drapeau, mon géniteur a écrit : « Made in France ». Stupide ! À quoi bon l’écrire en anglais si je suis fabriqué en France ?

Oui, j’aime être utile, j’aime être beau, enfin perçu comme tel. D’ailleurs, il le perçoit, puisque je sens – et j’en suis honoré-  qu’il me dépose avec délicatesse au fond de la brouette où il nous a fait un lit de petits cailloux et de vielles herbes. À mes côtés, ma vielle tête de pioche me demande discrètement : - ça va ? Mais avant que je puisse répondre, nous entendons une voix forte venant de la maison :

- Georges tu viens manger !

 

© Pierre Delphin – avril 2011

 

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jeudi 24 février 2011

Matin d’octobre

 

Ce matin d’octobre, le soleil levant illumine la chambre. La fenêtre est ouverte pour que la fraîcheur de cette fin de nuit puisse entrer. Antoine regarde les feuilles du platane animées d’étranges soubresauts que leur apporte ce léger vent d’automne. Il est ému par cette beauté simple et la douceur du moment apaise son esprit.

L’infirmière est sortie doucement avec son regard souriant, en le laissant seul dans cette petite chambre blanche de la clinique de Boisvert. Son regard flotte dans cet espace protégé et vient à nouveau se poser sur le lit. Antoine regarde sa jambe. Il regarde là où devrai être sa jambe. Sa cuisse est réduite à un moignon emballé avec talent dans des bandelettes blanches. Il ne souffre pas, il ne souffre plus. Il ressent seulement une étrange démangeaison dans le pied absent.

Il est triste. Il pense que son handicap vient de porter son nom sur la liste des unijambistes, ceux qu’il regardait autrefois d’un air condescendant. Il va devoir se fabriquer une autre vie avec l’absence d’une partie de lui-même. Une nouvelle vie dont il ne connaît pas les règles ni les enjeux. Que va-t-il devenir ? Quel est son futur ? Il est triste. Bien sûr dès son arrivée à la clinique, il a reçu des messages d’amitié. De nombreux messages de sa famille, de ses amis, de ses collègues. Bien sûr cela lui a fait chaud au cœur. Bien sûr cela lui a donné du courage. Mais il est là immobile, triste.

Il se souvient de sa joie d’avoir trouvé ce travail, cette nouvelle activité. Un travail de plein air pour lu qui n’aime pas être enfermé. Un travail rude certes, mais dans cette équipe de gars solides, il se sentait bien intégré. Le nouveau chantier avait commencé la veille : Déboiser une colline de vieux chênes pour faire place nette au passage d’une ligne électrique. Il se souvient des troncs de ce bois noble qu’ils chargeaient sur le camion. Il se souvient du câble tendu. Il se souvient du claquement sec du câble qui se rompt. Il se souvient de la brûlure sur sa jambe. Puis, il ne se souvient plus. Le noir. Combien de temps ? Il ne sait plus. Puis le blanc, le blanc de cette chambre. Le blanc des personnes qui s’agitaient autour de lui. Les mots calmes, la voix douce d’un médecin qui lui explique : Nous n’avons pas pu garder votre jambe. Des mots qui veulent rassurer avec cette sentence terrible. Des larmes qui perlent et qui embrument la vue. L’axe d’une vie qui se tourne vers l’incertain, vers un nouvel espace de vie, vers un inconnu qui fait peur. Il regarde la pendule. Toutes les minutes il regarde la pendule. Le temps lui semble arrêté. La fatigue, le médicament, il s’endort, triste.

 

 

© Pierre Delphin – octobre 2010

 

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samedi 5 février 2011

Attente

Une heure déjà. Attendre. Encore attendre. Elle croyait avoir pris l’habitude d’attendre, en vain. Ces instants étaient toujours douloureux. Impatiente, non pas vraiment. Seulement elle n’aime pas être dans l’incertitude de l’instant. Viendra-t-il ? Elle observe sans regarder, quelques bulles de mousse qui viennent crever à la surface de son café. La tasse blanche lui chauffe les doigts, agréable chaleur. Ses yeux sont perdus dans le vague ses pensées. Viendra-t-il ? Elle est seule dans le bistrot, seul le patron, indifférent, qui rince quelque vaisselle dans le clapotis de l’évier. D’autres clients sont passés, furtifs, un café rapidement bu, salut Claude, à demain. Des habitués. Elle sent le regard du patron qui par instant se pose sur elle. Que pense-t-il ? Qu’importe. Elle n’aime pas attendre, elle a un livre dans son sac, mais elle n’en n’a pas envie. Pas envie de partager l’histoire des autres. Seule son histoire est importante. Importance dans une vie qu’elle sent triste. La porte s’ouvre enfin. Seulement un homme avec sa casquette de travers qui entre. Salut Claude ! Un petit noir s’il te plait. L’attente reprend. Elle sent le café qui, chaud, glisse dans sa gorge. Elle aime son goût, sa force. Elle regarde la porte, immobile, pose sa tasse.

Attendre. Il lui semble que sa vie est une attente du jour où elle sentira le bonheur danser dans sa tête. Attente du jour où une main prendra la sienne pour l’entraîner en courant dans un champ de fleurs. Un printemps éternel… Mais sait-on toujours ce que l’on attend ? Elle n’ose pas, même pour elle-même, donner un sens trop précis à son attente. Elle a peur ainsi de se créer des regrets, des amertumes. Elle s’imagine à la croisée de deux routes. Sur l’une, un panneau indique : « Rires », sur l’autre : « Larmes ». Vers quel chemin le vent de la vie va-t-elle la pousser ? Elle sourit à cette image, écoute le silence de la salle du bistrot. Déjà 10h15. Il avait dit 9h30. À 9h15, elle était déjà là.

La semaine dernière, un soir d’ennui, cet ennui du soir pesant comme une chape lourde, rigide, elle s’est installé comme souvent devant son ordinateur. Palliatif à l’ennui, quelques clics sur les touches sombres, l’écran s’illumine, des noms, des photos défilent, impersonnelles. Un nom lui revient en mémoire comme une image flétrie qui s’échappe accidentellement d’un livre. Les doigts hésitent puis assemblent les lettres sur le clavier. Rechercher. Seconde d’attente, seconde éternelle, une photo apparaît. C’est lui. Déjà vingt ans, même un peu plus. Il n’a pas beaucoup changé. Sourire, la photo est peut-être ancienne. Case : « Envoyer un message ». Ses doigts s’agitent : « Bonsoir, je t’espère heureux, Isabelle ». Elle a voulu son message bref, une sorte de signe de vie, une bouteille à la mer. Peut-être ne répondra-t-il pas. Peut-être n’aura-t-il pas envie de répondre, de reprendre le contact. Vingt-deux ans, sa mémoire vient de terminer le calcul, précis. Leur relation n’avait duré que quelques mois. Elle avait été amoureuse, sans doute, mais sans plus. Ils s’étaient quittés au détour d’un chemin où leurs deux vies bifurquaient. Sans amertume. Elle avait été triste, un peu. Puis l’image de cet homme s’était rangée d’elle-même dans le livre des souvenirs de la mémoire. Depuis d’autres sont venus, mais ce soir-là le nom avec l’image est tombé sur son clavier. Hasard ? Nécessité de retrouver des liens de ce qui avait été beau dans sa vie.

Sa vie elle a marqué un point d’arrêt six mois plus tôt. Un soir, c’était un vendredi, en rentrant, elle a trouvé un billet : « Je pars, c’est fini ». Il n’avait même pas signé. Elle savait que rien n’allait plus entre eux. Dans l’indépendance réciproque avec laquelle ils avaient organisé leur vie de couple, ils étaient arrivés à l’indifférence. Comme ça, sans savoir pourquoi. Ce départ n’était que l’étape finale à la séparation de leur pensée, à la perte de leur amour. Elle n’avait pas souffert. Enfin pas de son départ. Seule la solitude lui était douloureuse. Le soir surtout. Heureusement la fée internet lui tenait souvent compagnie. Compagnie virtuelle de relations décharnées, sans âme. Évasion vers d’autres horizons, regards étonnés à travers la fente de la vie des autres, voyeurisme attendu. Et puis ce soir-là, les réseaux sociaux, puis cette photo sur l’écran, vingt années qui s’effacent, le message, une main qui se tend vers l’écran.

Ce n’est que deux jours plus tard que la réponse est arrivée : « Merci pour ton message, cela me ferait plaisir de te revoir. Pouvons-nous nous rencontrer mardi prochain à 9h30 au bistrot -Le Bienfait- rue François Dauphin dans le 2ème, Bises, Alain ». Il ne lui avait même pas demandé si elle était disponible ! Il était déjà comme cela il y a vingt ans. Elle serait disponible.

Ce matin elle était disponible, dans cette attente, longue, énervante. Elle scrute sous le bord de son chapeau qu’elle n’a même pas pris la peine de retirer. Elle attend comme une proie qui guette son chasseur. Quelques secondes ses yeux se sont baissés sur la tasse vide, froide. Quand elle lève la tête, il est là devant elle, souriant. Il balbutie : « Désolé pour mon retard, un accident, enfin un accrochage, sans gravité ». Dans sa main, il y a une fleur enveloppé de cellophane, une rose, rouge, éclatante de beauté. Il la lui tend en approchant les lèvres de sa joue. Tendre baiser qui s’attarde. Il s’assoie, lui prend les mains : « Parle mois de toi ». Elle regarde ses yeux, ils sont doux embués de bonheur. Son cœur s’emballe…

© Pierre Delphin – février 2011

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dimanche 16 janvier 2011

Bonne année 2011

Oui, je vous souhaite de passer une année 2001 dans une douce alacrité.

Plus particulièrement, je souhaite :

-          Que vos emmerdements se reposent

-          Que votre médecin soit au chômage

-          Que votre inspecteur des impôts vous oublie

-          Que ceux que vous aimez vous aiment

-          Que votre plume glisse sur le papier

o   Pour le plaisir du partage d’un mot, d’une phrase, d’une idée…

© Pierre Delphin – janvier 2011

Merci à tous ceux et à toutes celles qui me sont restés fidèle malgré mon absence. Peut-être un peu de désintérêt de la chose informatique. Mais aussi parce que j’ai été très occupé par différents travaux dans la maison pour faire de la place aux petits enfants. Ceux qui sont là et celles qui sont à venir. Deux petites jumelles sont programmées pour le mois de juin. Quel bonheur ! Pendant cette période, je me suis aussi occupé de ma santé. En 10 mois je suis passé de 118 Kg à 78 Kg en restant très en forme. Mais ce n’est pas simple !

Alors, ce ne sont plus que les deux tiers de moi-même qui reviennent pour gribouiller sur l’écran et qui irons se donner du plaisir à lire vos productions.

À bientôt…  non à tout de suite…

Pierre

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lundi 9 août 2010

La dictée

- Paul fait voir ton carnet.

- Maman, je crois que je l’ai oublié à l’école.

- Dis donc, tu n’es pas en train de me dire un mensonge ? Fais-moi voir ton cartable.

- Ah si, je crois qu’il est là.

- Alors, tu me le montres ?

- Oui, quand j’aurai fini mon goûter.

- Non, tout de suite. Aller, dépêche !

- Bon, voilà…

- 7/10 en arithmétique, c’est bien. 8/10 en sciences, c’est très bien… bon, et bien ce n’est pas si mal. Oh, mais dis donc, c’est quoi ce 1/10 en orthographe ?

- Ben maman, c’est que…

- Aller, je t’écoute, explique…

- C’est mon stylo, il fait plein de fautes.

- Quoi !

- Oui, quand j’écris, les mots s’écrivent n’importe comment.

- Qu’est-ce que tu racontes ?

- Oui, je ne me souviens jamais comment ça s’écrit !

- Combien as-tu fait de fautes à ta dernière dictée ?

- Je ne me souviens plus très bien.

- Aller dis-moi.

- Je crois que c’était 9, peut-être que 8.

- Paul, cela ne va pas du tout !

- Mais maman, c’est dur !

- Il faut que tu sois plus attentif ! C’est pourtant intéressant l’orthographe !

- Non, je trouve cela triste, je préfère faire du calcul !

- Oui, mais c’est important de bien écrire sans faute !

- Le maître, je ne le comprends pas bien quand il dicte.

- Pourquoi, parle-t-il vite ?

- Pas tellement, mais il parle bizarrement ! Il répète parfois des morceaux de mots.

- Qu’est-ce que tu racontes ?

- Oui, Karine m’a dit qu’il est bègue.

- Bègue ? C’est le nouveau, il vient d’où ?

- Avant il était à Marseille.

- Et en plus il a l’accent…

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© Pierre Delphin – mai 2010

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mercredi 4 août 2010

Déclaration des revenus du voisin

Afin de redresser les comptes de la nation, vous êtes dorénavant tenus de faire une déclaration des revenus supposés de votre voisin. Si vous avez plusieurs voisins, vous devez faire plusieurs déclarations. N’ayez pas de préjugés pour remplir ce document, vos voisins feront sans doute une déclaration de vos revenus supposés.

Nous vous rappelons que si votre déclaration entraîne un complément d’impôt pour votre voisin, nous vous restituons vingt pour cent des sommes ainsi récupérées.

Par contre, si votre déclaration est trop proche de la déclaration initiale de votre voisin, nous considérerons qu’il y a eu une entente illicite. Dans ce cas, un contrôle fiscal détaillé sera diligenté sur votre propre compte.

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Répondez complètement aux questions suivantes :

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Nom et prénom du voisin :

Date de naissance estimée :

Maitresse :

                Oui

                Non

                Je crois

Paternité extra conjugale :

                Oui

                Non

                Je crois 

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Nom et prénom de la voisine :

Date de naissance estimée :

Amant :

                Oui

                Non

                Je crois

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Vêtements de grands couturiers :

                Oui

                Non

                Je crois

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Adresse commune :

Adresse résidence secondaire n°1 :

Adresse résidence secondaire n°2 :

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Propriétaire d’un bateau :

                Oui

                Non

                Je crois

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Propriétaire de cheval :

                Oui

                Non

                Je crois

Combien

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Pratique du tennis :

                Oui

                Non

                Je crois

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Pratique du golf :

                Oui

                Non

                Je crois

.

Marque de la voiture (ne mentionner que la plus grosse) :

Année :

Cylindrée :

Jantes en alliage :

                Oui

                Non

                Je crois

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Race du chien :

Organisent souvent des barbecues :

                Oui

                Non 

Combien de convives :

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Se vantent-ils souvent d’avoir des choses dont-ils n’ont pas les moyens :

Oui

Non

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Vacances à l’étranger :

Oui

Non

Ont-ils fait un héritage récemment :

                Oui

                Non

                Je crois

Informations complémentaires concernant des revenus cachés :

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Nous vous remercions de votre contribution à l’équilibre des comptes de la nation

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Joignez ce document anonymement à votre propre déclaration de revenus.

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Pierre Delphin, ministre du bon voisinage

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mercredi 28 juillet 2010

Carte blanche

Jeudi 10 juin 2010, c’est la dernière séance de l’atelier d’écriture. La joie d’être ensemble se partage avec la tristesse de la séparation imminente. J’entre dans la salle de travail, quelques mots sur le tableau en guise d’accueil :

« Le train de l’animateur est bloqué. Commencez sans lui. Consigne de travail : Carte blanche. »

Nous nous sommes assis, la plume à la main, les regards s’échappent, frôlent le plafond, à la recherche d’une inspiration céleste. Un sourire vient se poser au coin de ma bouche, peut-être un rictus et ma plume vient rejoindre ma page blanche pour laisser cette trace :

J’aime liberté. Plus que tout. Jamais. Je n’ai jamais aimé les contraintes, ah ça non ! Lorsque je prends ma plume, j’aime bien la poser sur le papier, attendre une brise du vent de l’inspiration pour qu’elle s’agite et laisse sa trace violette sur la feuille blanche.

Ah, ça non, je n’aime pas les contraintes. D’ailleurs je viens à l’atelier d’écriture dans cet état d’esprit : être libre. Être libre de ce que je pense, être libre de ce que je fais, de ce que je dis, de ce que j’écris. D’ailleurs, plus d’une fois à l’écoute – peu attentive – de la consigne de l’animateur, j’ai dérivé. Disons le sans ambages, j’ai complètement oublié la consigne.

Oublié, peut-être pas complètement. De cette consigne, j’ai cueilli un mot, une sonorité qui est allée gratter à la porte des vibrations sensibles de mon esprit. À peine entrebâillée, la porte a laissé glisser les mots parfois pas très ordonnés vers la feuille blanche. La trace violette commençait à teinter ma feuille. Puis la trace s’est organisée, les mots sont devenus phrases, les phrases messages, parfois même poèmes.

Au fait, c’était quoi la consigne de l’animateur ? Qu’importe, elle s’est envolée vers… vers le champ des initiateurs de créativité, vers la prairie paisible de la libre imagination, vers cet espace où l’on émerge sans contraintes, sans tabous. Frustré, l’animateur ? Même pas ! Derrière les mots de la consigne, il avait caché une consigne subliminale : Soyez libre d’écrire ! Quelle joie d’être libre ! Quelle joie de partager cette liberté avec des amies. Dans le silence de l’écriture explosent les bulles de ce champagne de bonheur partagé.

Mais aujourd’hui une chaise est vide. Absence. L’absence dans un groupe est une amputation de la cohérence, de la congruence. C’est un déséquilibre. Mais, plus que cela, un groupe, sans animateur, c’est quoi au juste ? Un corps sans âme ? Un esprit d’où la pensée s’évapore ? Ah, que l’absence est lourde à porter disait le poète… absence, absence. Merci monsieur Bell de nous avoir inventé le téléphone. Un coup de fil pour se relier. Un coup de fil sans fils. Être attaché sans liens.

Information : Le train est bloqué. Les roues ne roulent plus, les rails se rejoignent dans l’infini d’un aller simple. Pas si simple pour lui d’aller à son cours quand les roues du train s’arrêtent pour bavarder avec les chardons de la voie. Au bout du fil sans fil une voix pour dire que la consigne du jour, c’est : Pas de consigne. C’est carte blanche !

Hé là l’animateur, c’est un peu fastoche, c’est de la dérobade. Hé je ne marche pas, c’est de la triche ! Pas de consigne à la légère ! Pas de consigne comme ça, j’aime ma liberté, moi ! Carte blanche, carte blanche et puis quoi encore ! Voilà l’animateur qui pour la dernière séance nous impose d’écrire ce que l’on veut. Quand même ! Comment pourrai-je transgresser une telle consigne ! Où sera le plaisir ? Ma plume s’arrête à la divergence des routes de la créativité, l’encre s’évapore comme mes pensées dans le silence bruyant du papier que l’on gratte.

© Pierre Delphin – juin 2010

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